Les guetteurs primitifs

par NMB Expressions

Sonetos del amor oscuro 2016

50X65-feuille- carton plume

techniques mixtes

 

Les guetteurs primitifs

 

Je m’appelle Federico Garcia Lorca. Pour l’instant je suis vivant. J’ondule pour éviter les balles. Nous sommes le 19 Aout 1936 à Viznar, à quelques kilomètres de Grenade.

 

Ceux qui sont face à moi, ceux qui ont les fusils et qui m’ont demandé de me mettre contre le mur, ceux-là font partie des milices franquistes.

 

Je suis le républicain Federico Garcia Lorca. Les fascistes me surnomment Federico Garcia Loca. C’est vrai, je suis un républicain et je suis une folle. Au fond, je suis tout ce qu’ils détestent.

 

Je m’appelle Federico Garcia Lorca. Pour l’instant je suis vivant.

Je suis poète, peintre, pianiste, dramaturge et compositeur. Un classique vivant…

 

Déjà, je vois, en boule et le visage enfoui, le tout jeune Juan Ramirez de Lucas qui se lamente. Juan est mon amant. Nous sommes le 19 Aout 1936 en Andalousie, et une balle va bien finir par m’atteindre.  Nous ne verrons pas le Mexique.

 

Je vais mourir alors je dédie secrètement à Juan Ramirez mes onze Sonnets de l’Amour Obscur et lui promets des Noces de Sang. 

Abandonada a la respiració dels vents

 

2016

50X65 – feuille - carton plume techniques mixtes

 

Les guetteurs primitifs

La fille d'Agénor l'admire.

 

Il est si beau ! Il ne respire point les combats.  

Mais, malgré sa douceur, elle n'ose d'abord le toucher.

Bientôt rassurée, elle s'approche et lui présente des fleurs.

Le dieu jouit ; il baise ses mains, et retient avec peine les transports dont il est enflammé. Tantôt il joue et bondit sur l'émail des prairies ; tantôt il se couche sur un sable doré, qui relève de son corps la blancheur éblouissante.

 

Cependant Europe moins timide, porte sur sa poitrine une main douce et caressante.

Elle pare ses cornes de guirlandes de fleurs. Ignorant que c'est un dieu, que c'est un amant qu'elle flatte, elle ose enfin se placer sur son dos.        

 

Alors le dieu s'éloignant doucement de la terre, et se rapprochant des bords de la mer, bat d'un pied lent et trompeur la première onde du rivage ; et bientôt, fendant les flots azurés, il emporte sa proie sur le vaste océan.

 

Europe tremblante regarde le rivage qui fuit ; elle attache une main aux cornes du taureau; elle appuie l'autre sur son dos; et sa robe légère flotte abandonnée à l'haleine des vents.

 

Traduction (légèrement adaptée) de G.T. Villenave, Paris, 1806

Ovide, Métamorphoses, Livre II

-feuille- carton plume

techniques mixtes

 

Sorteo

2016

50X65-feuille- carton plume

techniques mixtes

 

Les guetteurs primitifs

 

L’amour est souvent voué à l’échec. Parole de vieux taureau de feu.

Blasé, je regarde un combat d’hommes comme d’autres regardent clandestinement les combats de chiens.

 

J’ai misé sur l’un deux. Pour me faire un peu d’argent. Il paraît que la fortune facilite la séduction. Parole de vieux taureau de feu.

 

Je les regarde se battre comme d’autres regardent un feu qui crépite. Instants fugaces de mouvements roux et perpétuels. Moments d’apaisement.

 

L’amour est souvent voué à l’échec.

 

Mais je rêve quand-même que, lors de mon dernier tour d’arène

(Estocade,

Descabello,

Puntilla), une femme descendra des gradins et embrassera mon corps sanglant vautré dans la poussière. Parfois le taureau tarde à s’écrouler.

Parole de vieux taureau de feu.

© 2018 par Nicolas Mouton Bareil. Créé avec Wix.com

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