Je ne peux pas respirer

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Je ne peux pas respirer

( i can’t breathe)

 

Introduction

 

Faire taire mon corps.

Faire taire les corps.

Faire taire ma santé mentale.

Recherche du sens de mon corps. Expériences du corps. Besoin si fort.

Faire taire mon corps.

Faire taire.

Fontaine mon corps

 

Perdre le moral. Faire une crise et angoisser.

Perdre le moral, continuer à faire des crises.

Et puis pleurer. Pleurer. Pleurer

Étouffer – je ne peux plus respirer - et avoir des crises de panique.

 

Météo

 

Du stress à la tristesse. Ciel lourd et sale. I can’t breathe dans ces conditions-là.

I can’t breathe ! Je ne peux pas respirer, pourtant on me demande au moins de survivre.

« C’est la moindre des choses après tout ce que l’on a fait pour toi » - Voilà ce qu’on me dit.

Je ne peux pas respirer et si cela ne tenait qu’à moi, cela fait bien longtemps que je me serais laissé mourir.

I can’t breathe, le manque de lumière naturelle se fait trop épais.

I can’t breathe… Prochaine bouffée d’air au printemps prochain.

Oppressé, haletant, suffocant… Les journées sont courtes et la luminosité bien moins intense…

Je ne peux pas respirer avec le ciel de l’automne et de l’hiver qui se colle à moi. Je ne peux pas respirer. Il manque l’énergie. Le moral est de plus en plus fragile.

I can’t breathe ! Embolies émotionnelles ! Agitations… Voire frétillements qui s’affaiblissent rapidement.

Je ne peux pas respirer… Insatisfaction durable des besoins de luminosité sur la rétine. Je ne peux pas respirer, pourtant on me demande de survivre… Éprouvé, réprimé et inhibé dans le temps de l’hiver.

Camé à la lumière blanche.

Drogué de toutes les couleurs du spectre lumineux.

Tristesse, lourdeur, anxiété…

J’attends l’éblouissement. J’attends l’aveuglement.

Soleil au zénith, aube, aurore, point du jour,

Extérieur - Plein soleil ! Pourvu que les 100  000  lux ne reviennent pas trop tard.

 

Après avoir pénétré dans l’œil, les rayons lumineux se transforment en signaux électriques.

 

Barrière de brumes et ciel très gris.

Le ciel n’est plus cet espace infini ou s’animent les astres.

Croyez-moi  !

Je ne pleure pas sans raison.

Mon corps : poids sur la cage thoracique.

Mon corps c’est de l’écorché vif à force de basses tensions.

I can’t breathe !

 

Dedans (Le rêve de vivre dehors)

 

 

Une impossibilité de se raisonner. Mais c’est bien réel, puisque, outre la place prise dans mon cerveau, ça dégouline dans mon corps. Je ne peux pas respirer dans les endroits clos. C’est une réaction immédiate et systématique. L’anxiété qu’il fasse trop froid et de ne pas pouvoir ouvrir la fenêtre de la voiture. L’anxiété d’être dans le métro où je vais avoir des sueurs froides et puer. Les autres vont voir mes yeux remplis de larmes. 

L’anxiété, l’anxiété, l’anxiété… Une peur irraisonnée. Le pire, c’est d’en avoir conscience.

 

I can’t breathe ou du moins, je crains de manquer d’air quand les volets sont fermés, quand les portes sont fermées… Mais pourquoi tant de choses de mon quotidien sont sombres et fermées ?

Sensation de tête vide. Ça existe ça… sensation de tête vide ?

Souffle coupé quand les pièces sont petites et mal éclairées. Sensation d’effondrement quand il n’y a pas une vue dégagée sur l’extérieur.

 

Arrêtez avec vos lampes qui n’éclairent rien.

Arrêtez avec vos voilages, vos rideaux et vos volets.

Arrêtez avec vos bazars-bibelots sur le rebord des fenêtres.

Arrêtez avec vos fenêtres qui donnent sur des murs.

Arrêtez, car j’en crève… Peur de mourir, de perdre le contrôle de soi.

Aussi ridicule que cela puisse paraître.

L’enfermement c’est la punition.

L’impossibilité de respirer… Mon cerveau me dit qu’il prend le contrôle, mais il ne contrôle plus rien.

Laissez-moi dehors…

Fatigue : la stratégie d’évitement demande trop d’énergie.

 

Un témoignage sur une attaque au gaz

 

« Avec la vague, la mort nous a enveloppés, elle a imprégné nos vêtements et nos couvertures, elle a tué autour de nous tout ce qui vivait, tout ce qui respirait. Les petits oiseaux sont tombés dans les boyaux, les chats et les chiens, nos compagnons d’infortune se sont étendus à nos pieds et ne se sont plus réveillés. Nous avions tout vu : les mines, les obus, les lacrymogènes, le bouleversement des bois, les noirs déchirements des mines tombant par quatre, les blessures les plus affreuses et les avalanches de fer les plus meurtrières, mais tout cela n’est pas comparable à ce brouillard qui, pendant des heures longues comme des siècles, a voilé à nos yeux, l’éclat du soleil, la lumière du jour, la blanche pureté de la neige. »

in « Le Filon », 20 mars 1917, cité dans S. AUDOUIN-ROUZEAU, Les combattants des tranchées, A. Colin, 1986,

 

Minneapolis et le faux billet de 20 dollars

 

Mai 2020 à Minneapolis dans l’état du Minnesota. 

A l’angle de Chicago Avenue South et de la 38ᵉ rue Est

I can’t breathe.

8 minutes et 46 secondes

Ton genou qui appuie sur mon cou

I can’t breathe. Je le répète plusieurs fois.

I can’t breathe. I can’t breathe. I can’t breathe.

16 fois en 5 minutes.

Le premier I can’t breath était un I can’t breath please.

Formule de politesse. Une fois.

Je n’ai même pas la force de dire.

I can’t FUCKING breathe.

I can’t FUCKING breathe pour faire plus série américaine.

 

Question du central de police - 911

Quelle race ?

Est-il blanc, noir, amérindien, hispanique, asiatique ?

Réponse de l’employé de l’épicerie :

« Affreusement saoul. Pas le contrôle de lui-même. »

I can’t breathe.

Tu continues la pression de ton genou sur mon cou.

2 minutes et 53 secondes.

Alors que la foule s’exclame.

Alors que je suis déjà inconscient.

Moi George Floyd

Toi Derek Chauvin.

 

Moi George Floyd.

Agent de sécurité, rappeur, porn star. Prison pour braquage, violation du droit de propriété, possession de cocaïne

 

Toi Derek Chauvin

Agent de sécurité, cuisinier, policier militaire

A été mis en cause dans une vingtaine de plaintes pour fautes professionnelles et accusé de fraudes fiscales. En 2008 a tiré sur un individu non-armé. A été signalé plusieurs fois par ses collègues pour ses méthodes d’asphyxie posturale.

 

Conscientisation des rapports sociaux. 

Sous le soleil, rien de nouveau.

Racisme structurel ?

Déterminisme social ?

…Qu’est-ce que je vous sers ?

Finalement ces deux hommes sont des clichés. Mais l’un en est mort.

 

Confinement

 

I can’t breathe. La sensation si réelle d’être éternellement déraciné.

Une nostalgie d’état et d’endroits que je n’ai probablement jamais connus.

I can’t breathe. Il n’y a nulle part que je peux nommer « chez moi ».

I can’t breathe entre quatre murs. I can’t breathe confiné.

I can’t breathe couvre-feu.
Je ne suis que déplacement pour raison de santé mentale. Je suis mon propre motif familial impérieux. I can’t breathe, ce n’est pas tant l’isolement social, mais l’isolement de moi. 

Ma propre autarcie.

Le confinement m’arrache à la vie et a sa dynamique. 

Le confinement me replie et me rend hostile.

Je ne veux plus des autres. Je veux un espace libre.

Je ne peux plus respirer, car je porte un masque toute la journée et je suis seul face à ma propre violence.

J’ai beau chercher… partout… je ne retrouve pas la résilience que j’avais trouvée lors du premier confinement. Et mon futur ne sera que captivité.

 

Toi (un)

 

Dans la nuit. Je cherche ton petit cul. À chaque fois je retiens ma respiration. 

I can’t breathe.

Et j’aime ça.

Tu m’as fait l’amour et je m’effondre.

J’écrase ma face.

J’écrase mon nez et ma bouche sur tout ton toi.

I can’t breathe et j’aime ça.

I can’t breathe à cause de ta magnifique proximité.

I can’t breathe et voudrais mourir étouffé par toi.

I can’t breathe. Ralentissement grave ou arrêt de la respiration.

Ton odeur naturelle qui m’apprivoise.

Ton odeur me fait l’amour bien avant et bien après que toi tu le fasses.

I can’t breathe. Je jappe, je glapis.

J’halète, je grogne, je renâcle, je renifle.

Ton corps perlé. 

I can’t breathe. Mon nez contre ta nuque, contre tes fesses.

Gouttes de sueur odorantes.

Don de toi, appel à l’échange.

Dans la nuit. Je cherche ton petit cul. À chaque fois je retiens ma respiration pour laisser de l’air à mes mains.

 

I can’t breathe. Asphyxie de toi.

Je ne trouve plus mon pouls.

Je suis privé de sentiment et de mouvement.

Je n’ai que la sensation de ton corps.

Et c’est bien. C’est vraiment bien.

 

Toi (deux)

 

 

I can’t breathe.

Ou alors seulement toi. Molécules volatiles.

À travers nos masques passent les phéromones.

À travers la nuit tu me passes ton petit cul.

À chaque fois je retiens ma respiration pour laisser de l’air à mes mains. Mes mains qui respirent, qui se calent sur la respiration de ton cul.

 

I can’t breathe

Ça me surprend parfois.

Quand t’es pas là.

Ça me surprend dans la rue

Au bord de la mer

Je ne peux me détacher de ton odeur particulière.

 

I can’t breathe et j’aime ça

Je ne trouve plus mon pouls

Je suis privé de sentiment et de mouvement.

Immobile avec l’odeur de ton corps.

Je ne peux me détacher de ton odeur particulière

I can’t breathe et j’aime ça

Immobile avec l’odeur de ton corps.

Je peux oublier ton visage et ta voix

Mais pas ton odeur.

Avec toi____ Je respire, je respire, je respire

 

Habits

 

Je ne peux pas respirer : chaussure, chaussette, pantalon et chemise. C’est une parade qui me sépare du monde. 

 

Tant d’énergie dépensée le matin. Une fatigue s’installe surtout à l’heure de mettre un pantalon. 

Vêtements rêche, neuf ou trop serré…I can’t breathe.

 

 Se glisser dans du tissu froid alors que le corps est si chaud. Impossible de respirer aussi quand il faut essuyer le corps au lieu de le laisser sécher. 

 

Fringues et serviettes sont bien trop abrasives pour mon épiderme. 

 

Chochotte !

Chochotte !

Chochotte !

 

Non…Juste la sensation de ne pas respirer. 

Être nu pour sortir de l’image de moi et des apparences que l’on me donne. 

Être nu pour respirer et ne plus être séparé du monde.

 

Être nu pour donner et recevoir, 

pour permettre une certaine fluidité. 

 

Il n’y a ici pas d’endroit pour être nu. 

Je refuse de payer pour accéder à une zone où l’on peut être nu. 

 

Mon corps qui ne respire pas. Mon corps que je ne veux plus ne plus habiter. 

Mon corps nu donc fragile mais paradoxalement fort.

 Celui que je veux offrir, surtout à mon regard. 

 

Surtout à mon regard mon corps découvert et non garni.

 

I can’t breathe lorsque je suis morcelé. 

Je veux déposer les armes et respirer à nouveau. 

Je n’ai pas trouvé d’autres moyens que la nudité.   

 

Insert

 

Mes expériences passées m’ont permis d’incarner des rôles féminins très variés, tant naturalistes qu’exotiques, et je suis particulièrement doué pour les rôles de composition.

 

 

 

 

Conclusion

 

Mon corps est un doublage, un autre personnage

Et toi tu es là pour me désarmer et me retrouver.